Comme beaucoup de nouvelles idées qui émergent ces derniers temps pour surfer sur cette quête du bien-être qui définit parfaitement notre génération du tout-le-temps-pressé, vous avez sûrement entendu parler de marche consciente, de marche en pleine conscience, ou encore de marche méditative. Mais quelle drôle d’idée que de vouloir « décortiquer » cette action aussi naturelle que celle de marcher !
Comme respirer, marcher peut bien se faire sans y penser, pourquoi nous compliquer la tâche ? Tiens, tiens, comme respirer…
Mais, justement : la respiration est bien le socle de la méditation, n’est-ce pas ? Méditation dont les bienfaits ne sont clairement plus à démontrer. Méditation qui, loin d’être cantonnée à la posture assise, peut bien vous emmener faire une très, très jolie promenade…
La marche consciente, qu’est-ce que c’est ?
Méditer dans le brouhaha de notre quotidien ? Il faudrait être au moins un moine bouddhiste confirmé pour y arriver !
Pourtant, méditer, on le sait, ça fait du bien. Alors, soyons honnête, on fait de notre mieux : on demande à tout le monde à la maison de se taire une petite demi-heure, on se renferme dans une pièce, on s’assoit au sol, on se redresse, on ferme les yeux, et on se concentre sur le va-et-vient de notre souffle. Et tout commençait bien, mais le chien aboie, une porte claque, le téléphone sonne, le voisin sort sa perceuse, ou alors ce sont les pompiers qui passent sirènes hurlantes. Comment faire alors pour s’entraîner à la méditation correctement et profiter de tous ses bienfaits sur la santé ?
Le truc avec la méditation, c’est qu’elle implique un effort de concentration pour nous sortir des schémas classiques de réflexion mentale. Et pour le fournir cet effort, il faut fixer son attention exclusivement sur le corps, dans un mouvement qui nous ancre dans le moment présent : la respiration. La respiration car elle est automatique, la respiration car elle est régulière, la respiration car elle résonne avec une dimension d’infini. Mais il s’avère qu’il n’y a pas que la respiration qui peut être un support de concentration très efficace et gage d’une méditation non pas réussie (car on ne peut pas, en réalité, rater sa méditation), mais bénéfique et réellement porteuse : la marche, le simple fait de mettre un pied devant l’autre et de continuer, et d’avancer toujours sur le chemin. Riche de symbolique, n’est-ce pas ?
Et vu qu’il est de plus en plus compliqué de faire le silence assis en plein milieu de l’environnement urbain, pourquoi donc ne pas envisager la méditation en mouvement, la méditation en marchant, le tout en se reconnectant profondément à la nature, une nature dont on a de plus en plus tendance à oublier qu’elle nous entoure.
La marche consciente, comment faire ?
Comme dans la méditation classique, il existe différentes techniques de marche consciente. Et peut-être d’ailleurs n’est-il pas besoin réellement de « techniques » et de « méthodes ». Toutefois, il peut être intéressant de les connaître pour vous aider dans vos premiers pas…
La marche consciente selon la tradition Vipassana
Vipassana signifie littéralement « voir les choses telles qu’elles sont réellement ». C’est une des plus anciennes écoles de méditation de l’Inde. Elle consiste « tout simplement » à décortiquer dans les plus infimes détails l’objet de votre concentration.
En pratique, avancez sur votre chemin en vous tenant droit mais sans vous raidir, les mains l’une dans l’autre dans le bas du dos, et le regard au loin mais sur le sol, tandis que votre regard intérieur, lui, est entièrement plongé dans le mouvement de votre marche. Observez du dedans votre pied qui se décolle, le genou qui se fléchi, la hanche qui se plie, puis le talon qui se dépose dans le sol, et la plante de pied qui se déroule jusque dans chacun des cinq orteils. Accueillez et identifiez chaque sensation associée au moindre micromouvement. Une chose est absolument certaine, vous n’aurez pas le temps de penser à autre chose tant vous trouverez tout cela passionnant !
La marche consciente selon la tradition Zen
Le Zen est la version japonaise d’une certaine forme de bouddhisme dans laquelle la méditation est le point central. L’objectif premier du Zen est la découverte du Soi profond, le véritable Soi. C’est pourquoi dans la marche méditative, il invite à faire le lien entre le pas et la respiration, afin de retrouver et de ressentir concrètement le pont existant entre le corps et l’esprit.
Pour ce faire, adoptez strictement la même attitude et posture que pour la technique Vipassana, à la différence que vous placerez vos mains sur votre ventre, de façon à mieux percevoir votre mouvement respiratoire. Après, les choses sont très simples, comme toujours en méditation ! La difficulté réside uniquement dans la résistance au temps et la persévérance. En inspirant, vous allez décoller un pied du sol, et en expirant vous allez le reposer en sentant l’expiration qui part du talon jusqu’aux orteils.
Au-delà de la sensation d’être vraiment en soi, cette technique Zen a l’avantage de générer un rapport au sol formidable : celui de l’ancrage et, pour les marcheurs méditants un peu plus expérimentés, celui de trouver son souffle au cœur même de la terre. Et c’est là qu’une rencontre bouleversante se produit : la rencontre avec la Terre-Mère…
Les plus de la marche consciente
La marche consciente peut, bien sûr, se pratiquer seul, mais elle peut également se pratiquer en groupe silencieux. Et qu’y a-t-il de mieux que le silence pour communiquer harmonieusement et faire de belles rencontres humaines ?
Échanger, partager un bout de chemin ensemble (mais quel chemin !), confier ses impressions et ses ressentis, peut-être plus facilement que la méditation assise, la marche consciente offre l’opportunité d’être vécue à plusieurs. Elle est par ailleurs un préliminaire très intéressant à la méditation classique, justement. Car une balade en pleine conscience canalisera plus aisément vos pensées si vous êtes dans un jour d’agitation mentale, que si vous vous asseyez tout de suite en tailleur (et même en lotus puisque la posture n’y fait rien !) en quête d’immobilité immédiate, totale et absolue. Et enfin, petite cerise sur le gâteau si vous n’étiez pas encore convaincu, pratiquer la marche consciente après le repas facilite grandement la digestion !


