Nos journées s’enchaînent, souvent rythmées par des obligations, des to-do lists interminables et ce besoin de rentabiliser chaque minute. Lire, cuisiner, faire du sport, méditer, travailler, occuper son esprit en permanence… mais pourquoi au juste ? Serait-ce par peur d’un mot qui, avouons-le, n’a pas toujours eu bonne presse ?
« Rêverie », en effet, n’est pas le terme le plus valorisé par le dictionnaire : « activité mentale dirigée vers des pensées vagues, sans but précis ». Pas très flatteur, n’est-ce pas ? Et l’exemple ne nous aide pas beaucoup : « être perdu dans de continuelles rêveries ». Ah bon ? On peut donc se perdre dans les rêveries ? Et si, à l’inverse, c’était le fait de ne jamais rêvasser qui nous perdait ? Et si, en réalité, c’était bien la rêverie qui nous permettait de nous retrouver ?
Et si, tout simplement, on se donnait le droit de redécouvrir les joies et les bienfaits de la rêverie ? Comme lorsque nous étions enfants, à l’écoute de cet instinct qui nous soufflait que tout commence, tout se construit à partir de nos rêves éveillés…
La rêverie : un repos plus actif qu’on ne le croit
De la même manière que l’on sait aujourd’hui que le sommeil est indispensable à la régénération du cerveau et à l’entretien des capacités cognitives, des études ont montré que rêvasser stimulait réellement le cortex préfrontal. Or cette région du cerveau est le siège de fonctions supérieures comme la mémoire et le raisonnement.
Le cerveau serait-il donc plus actif en rêvassant qu’en réfléchissant ? La question se pose, et elle mérite de remettre en perspective l’image que nous avons du fait d’« être dans la lune ».
La rêverie pour prévenir la dépression ?
Le cortex préfrontal, activé par les errances de la pensée, est étroitement lié à d’autres régions du cerveau qui régulent la sécrétion de neurotransmetteurs tels que la dopamine et la sérotonine, célèbres pour leur rôle dans l’humeur. Or dans les cas de dépression, on observe justement une baisse notable de l’activité de cette zone.
Plutôt que de chercher à occuper son esprit en permanence, il semblerait donc que la libre rêverie soit une alliée précieuse pour garder une humeur stable et des émotions équilibrées.
La rêverie, le fondement de la créativité !
Et dans « créativité », il ne faut pas entendre seulement « expression artistique ». Trouver une solution originale à un problème du quotidien, c’est déjà faire preuve de créativité. Einstein lui-même se servait de la rêverie pour relier des concepts que la pensée analytique ne lui permettait pas d’associer. À la clé ? Des idées nouvelles. Tous les grands scientifiques et penseurs ont été, en réalité, de grands rêveurs.
Mais la créativité, c’est aussi l’art de se créer soi-même. Rêvasser nous emmène dans les recoins inexplorés de notre psyché, un peu comme le font l’hypnose, la sophrologie ou la psychanalyse, qui invite à l’association libre des idées. Rêver éveillé, c’est comme se balader à l’intérieur de soi sur des sentiers non-balisés, vierges de tout conditionnement.
Une formidable évasion, à portée de pensée !


